Trésor

Chut ! On ne tweete pas les résultats avant 20 heures

Interdiction de toute forme de publication, de diffusion, de commentaire de sondages, « par quelque mode que ce soit », la veille et le jour du scrutin, jusqu’à la fermeture des derniers bureaux de vote en métropole. Nous ne sommes pas au Togo, encore moins au Congo. Non, rassurez-vous. C’est le parquet de Paris qui parle !

Elle ne serait donc pas avancer que ça, la France. D’où je viens, les mesures sont plus drastiques, c’est vrai. On suspend carrément le service des SMS pour éviter la diffusion des résultats du vote avant la publication officielle. Et ça dure des semaines !

Mais, quelle différence avec la France qui menace les médias et les individus lambda qui seraient tentés de diffuser les résultats avant 20 heures ? Des résultats qui – je le rappelle – seront déjà disponibles dans les états-majors des partis, les instituts de sondage ce dimanche à partir de 18 heures 30.

Où est la ratio legis ?

Ici, ce musellement des médias, on le désigne par des termes plus sympa : « le fondement démocratique de l’élection», me dit-on. « Une volonté du législateur de 1977 de permettre que le dernier électeur à se présenter dans un bureau de vote ait les mêmes informations que le premier.» C’est bien beau.

Seulement voilà, depuis 1977, les choses ont changé. Les nouveaux médias sont arrivés et cette loi paraît inadaptée à la nouvelle donne. Déjà, les pays voisins de l’Hexagone ne se priveront pas de rendre public les résultats de la présidentielle française avant la messe de 20 heures. RTBF par exemple a déjà annoncé qu’elle dévoilera les résultats du scrutin à 18 heures 30.

Sur les réseaux sociaux, pas sûr non plus que les twittos obtempèrent. Certains ont commencé à mettre en place le dispositif Radio Londres. Une chose est sûre : on va bien rigoler ce dimanche sur twitter, facebook et autres. Mais, chut ! @Tresor_k ne tweetera pas non plus les résultats avant 20 heures ! Rendez-vous sur les ondes de #RadioLondres.


Où est passé l’Africain au Nord ?

Cinq mois sans vous raconter mes rencontres, mes découvertes, encore moins mes souvenirs, sous ma casquette d’Africain au Nord. Certains parmi vous s’inquiètaient déjà, craignant la fin de cette aventure. Non, je ne suis pas prêt à vous lâcher, me revoilà ! C’est la rentrée d’un Africain au Nord.

Pas d’excuse pour justifier ce long silence. Tellement il y a eu des choses à raconter, des histoires étranges à partager avec vous. Une vérité s’impose : si je n’étais plus actif sur ce blog, c’est surtout parce que j’étais plongé, ces derniers temps, dans une autre dynamique. Stage d’été oblige.

Un stage qui m’a fait voyagé un peu partout, tout en restant sur place, dans mon poste de travail à Paris. Un premier saut à Kinshasa, capitale de mon pays, où des zones d’ombres persistaient après le verdict dans le procès Chebeya, ce militant des droits humains retrouvé mort dans sa voiture, début juin de l’an dernier, au lendemain d’un rendez-vous auquel le général John Numbi, inspecteur de la police nationale congolaise l’avait convié.

Puis, j’ai bougé – virtuellement – à Madagascar pour constater que la Grande Île s’éloignait de ses élections de saison sèche ; au 17e sommet de l’Union africaine à Maputo pour tenter de comprendre pourquoi cette organisation avait du mal à lâcher Mouammar Kadhafi ; à Caracas – qui commémorait cette année son bicentenaire – pour mesurer l’influence d’Hugo Chavez, « l’homme-providence », sans qui le Venezuela ne tourne pas. La sécheresse dans la partie de la Corne de l’Afrique, l’affaire des écoutes en Grande-Bretagne qui a secoué la firme de Rupert Murdoch, le sort de Laurent Gbagbo, un reclus difficile à approcher, ne m’ont pas laissé non plus indifférent. Comme plein d’autres sujets.

Entretemps, l’idée d’un site Internet a germé et congolol.net est né. Une revue multimédia du web congolais que je viens de lancer pour rassembler vidéos, sons et photos de l’actualité congolaise sous toutes ses dimensions et les présenter dans des formats plus adaptés, avec un brin de désillusion et d’humour.

A très vite, pour les rencontres, les découvertes et les souvenirs d’un Africain au Nord. Oui, c’est la rentrée.


« Moi veux partir à Lille mais pas ticket »

Train (Katkamin/Flickr/CC)

Comment se déplacer d’une ville à une autre de la France lorsqu’on est immigré ? Immigré européen dans une « situation irrégulière », travaillant dans le noir et sans domicile. C’est l’histoire d’un Roumain que j’ai croisé ce matin à la Gare du Nord à Paris.

Destination Lille. Moi, j’ai mon titre de voyage, lui, il n’en a pas. Il ne sait même pas où il va crécher une fois arrivé là-bas. Son seul espoir : le 115. Même s’il ne sait pas non plus ce que c’est. Yeux braqués sur les instructions collées sur une cabine de téléphone fixe France télécom, mais il tente de comprendre à quoi il sert, ce numéro.

Il m’aborde alors, car je suis debout à côté de lui, en train d’attendre mon train. « Si j’appelle le 115, eux donner moi où dormir ? ». Sa question m’intrigue. Je m’y attendais le moins du monde. Car, mon interlocuteur est bien habillé, avec un air jovial. Peut-être que j’ai mal compris sa question. Je m’approche et il poursuit : « Je suis Roumain, moi veux partir à Lille, mais pas ticket, pas maison là-bas ». Apparemment, mon ami pose plusieurs problèmes à la fois. Le 115 ? Possibilité de voyager sans ticket ? Comment dormir et manger à Lille ? J’essaie donc de recadrer la discussion. Une question après une autre pour bien nous avancer.

  • Vous voulez savoir si en appelant le 115, vous aurez un endroit où dormir. C’est bien ça ?
  • Oui et eux donner moi à manger aussi ?

Ok. J’ai compris : plus je demande une explication à sa question, plus des questions s’ajoutent. Alors, autant tenter de commencer à répondre tout de suite. Pour avoir enquêté sur la situation des Roms lors de la mise en place du plan hivernal en décembre dernier, je lui explique ce que je sais de ce fameux « 115 » : un numéro gratuit à appeler, en cas d’urgence, pour les sans abris. Je lui confirme que le 115 pourra bien lui informer sur l’hébergement d’urgence, les accueils de jour, l’accès aux soins, voire l’aide alimentaire.

L’exploitation de l’homme par l’homme ?

Il me remercie et me fait savoir qu’il doit d’abord arriver à destination avant d’appeler le 115. Logique. Mais, son problème demeure : comment arriver à Lille ? Il n’a pas pris son ticket, mieux son budget ne lui permet pas d’en acheter un. Il m’explique qu’il est en France depuis une année et il bosse…dans le noir.

Moi travailler dans la menuiserie. Patron me promet 50 euros par jour, mais quand faut payer, la police arrive. Ici, beaucoup de travail, beaucoup d’argent, mais patrons mauvais »

Mon ami Roumain se lâche. Il me confie qu’il est exploité et qu’il n’en peut plus. Toute sa famille restée en Roumanie compte sur lui. Mais, à part la nourriture et une place pour dormir dans le sous-sol de l’usine, son patron ne lui donne rien ou presque. « Moi, même 100 euros par semaine me suffisent mais lui veut pas. C’est pourquoi, moi veux partir. » Quitter Paris pour Lille, sans viatique, espérant qu’au Nord, il tombera sur de bons patrons.

Mon train arrive. Notre train plutôt. Nous nous avançons. J’admire son courage. Je me demande comment il compte s’y prendre. Des contrôleurs sont devant nous. Je présente mon billet et je passe. Derrière moi, il est stoppé. Son rêve d’atteindre le Nord s’arrête. Retournera-t-il vers son patron parisien pour continuer à être exploité ? A-t-il vraiment le choix ?

Photo : Train (Katkamin/Flickr/CC)


L’Africain, le boudhiste et la malaria

Cinq préceptes du Bouddhisme au peigne fin. Si les quatre suivants passent, le premier a du mal à passer. Surtout pour un Subsaharien. Et pour cause : la malaria. Comment concilier la lutte contre cette pandémie et le premier précepte du bouddhisme : s’abstenir de ne pas nuire aux êtres vivants ni prendre la vie ? J’en ai longuement débattu avec Richard Xavanna, moine laotien à Roubaix.

« Une vie, ça vaut une vie », tranche Richard Xavanna, 61 ans, moine de l’association bouddhiste laotienne du Nord. Le débat a trop duré. Pas d’issue possible. Tellement, je n’arrive pas à saisir le sens de ce premier précepte. Surtout son extension même aux insectes foncièrement nuisibles. Comme les moustiques, responsables du paludisme dans les pays du tiers-monde. Comment comprendre que le Bouddhisme soit si « tolérant » ? Tous les moyens d’éradication de ces insectes passent comme des transgressions du premier précepte !

Le moine me recommande de la pitié :

S’abstenir de tuer tout être vivant, premier précepte du Bouddhisme, nous renvoie à cultiver de la compassion, de la pitié vis-à-vis de l’autre. »

 

Moustique (JR Guillaumin/Flickr/CC)

C’est pour cette raison que même les « moustiques méritent d’être traités avec compassion. Car, poursuit-il, le fait qu’ils sucent le sang ne peut justifier qu’on les tue ». L’argumentaire du moine me paraît incompréhensible. Je me vois encore dans ma chambre à Kisangani, en République Démocratique du Congo. Insecticides et moustiquaires au menu le soir pour me protéger contre les piqûres des moustiques. Je refuse d’admettre que j’avais tort d’agir ainsi.

Alors, je passe à l’offensive. Je lui parle des chiffres :

Les moustiques causent la mort d’un à trois millions de personnes par an, soit en moyenne un mort toutes les 30 secondes. Et l’Afrique demeure le continent le plus touché. »

[youtube FEqEj3CibH0]

« Une vie, c’est une vie. Rien ne nous autorise à supprimer une vie », rétorque froidement mon interlocuteur. Il en profite pour me mettre en garde. Ma « prochaine vie » en dépend. Autant j’aurai tué, ne serait-ce que les moustiques, sur cette vie, autant je serai aussi tué dans l’autre vie. Vu mon casier judiciaire bourré d’assassinats des moustiques, j’ai trop de chance, ou de malheur, d’être un moustique dans « l’autre vie ». On est sur le terrain de la « réincarnation », cher aux Bouddhistes.

Apparemment, les chiffres n’ont pas convaincu le moine. Que dire de plus pour justifier mes mains sales ? Oui, j’ai tué plein de moustiques dans ma vie. Nouvelle tentative de persuasion : tous ces « homicides » étaient bien de bonne foi, non ?. Je lui sors alors mon joker : « Alors, la viande, vous en mangez ? » Sans tergiverser, il acquiesce. Mais, « c’est de la responsabilité du boucher ! », ajoute-il pour se justifier.

Bien trouvé ? Peut-être. En tout cas, bon compromis pour moi. Je n’ai jamais fabriqué ni moustiquaires ni insecticides. Je les utilisais juste pour me protéger. Comme j’achète la viande pour me nourrir. Sans violer le premier précepte de Bouddha. Je tente d’élargir l’exception mais ce n’est pas évident. Comment lutter donc contre la malaria en jouant « amis – amis » avec les moustiques ?

Photo : Moustique (JR Guillaumin/Flickr/CC)


Diaspora congolaise : pouvoir et musique dans le même sac ?

Un groupe de congolais de la diaspora assimile des artistes musiciens aux collaborateurs du régime en place en République Démocratique du Congo. Ils se nomment des « Combattants » ou des « résistants ». Leur mouvement parti de Londres, il y a quelques années, vient d’atteindre Paris. Ce weekend, Papa Wemba et  Werrason, deux vedettes de la musique congolaise, ont été les premiers à payer les frais.

A Bruxelles et à Paris, des centaines de Congolais sont descendus dans la rue, le samedi 19 février, pour réclamer le départ du président de la République Démocratique du Congo. Au rythme de « Kabila dégage », ceux de Bruxelles sont allés finir leur marche à quelques mètres du local de leur représentation diplomatique. Voir le reportage de Rtl.Tvi.

 » Kabila dégage ! »

A Paris, la marche de colère s’est transportée sur le terrain artistique. Pourtant, tout a commencé comme une manifestation classique contre le régime : dénonciation des violations  des droits fondamentaux, des viols, des assassinats, de la misère de la population, …et la réclamation de « la démission immédiate » de Joseph Kabila, l’actuel président de la République.

Puis, une partie de manifestants s’est rendue devant la salle Elysée Montmartre. Avec un seul objectif. Empêcher le concert de deux de grandes stars de la chanson congolaise moderne prévu dans la soirée. Résultat : concert de Papa Wemba et Werrason annulé. Sur des vidéos postées sur youtube, le ton de ces « combattants » de Paris est sans appel. « Il n’y aura plus de concert à Paris ». Ils accusent des artistes musiciens d’être à la solde du pouvoir. « Ils sont utilisés par Kabila pour nous distraire » affirme un de leur, « le colonel Odon ». Voir le reportage de Marc Tabu de Congonumber1.

L’artiste « n’est pas un politicien et n’a jamais créé un parti politique »

« Faux », on rétorque du côté des artistes. Sur le plateau de l’émission Karibu Variétés de ce dimanche 21 février à Kinshasa, un porte-parole de Werrason a rappelé que l’artiste « n’est pas un politicien et n’a jamais créé un parti politique ». A Paris, l’entourage du chanteur est passé à l’offensive sur le net. Des vidéos des « actions humanitaires » du leader du groupe Wenge musica maison mère circulent déjà à travers les sites d’actualité musicale congolaise et les réseaux sociaux. On voit l’artiste aux côtés des femmes violées à l’est de la République Démocratique du Congo.

Sur la toile, ça se discute.

Débat ouvert sur le site congobilili

Bikeko de Congobilili a ouvert, le dimanche, le débat. Pour lui, les choses ne bougeront pas au Congo en

« s’attaquant aux pauvres artistes » en Europe. Il est rejoint dans sa position par Bocamag qui s’interroge sur l’acharnement des « combattants » sur les artistes : « Pourquoi s’attaquent-ils aux musiciens ? Il y a nos ambassades en Europe. Il faut aller plutôt s’attaquer aux ambassadeurs, représentants du gouvernement ou aller manifester au pays comme le font les Tunisiens, les Egyptiens, … »

Bikeko

Autre son de cloche du côté de John Muluke. Un son de soutien à l’action des « combattants » :

« Empêcher le concert d’un musicien qui soutient et fait la propagande du régime actuel est un moyen utilisé pour attirer l’attention de l’opinion publique et envoyer un message au pouvoir de Kinshasa ».

John Muluke

« Comment peut-on chanter et danser pendant que nos mamans se font violer au Kivu et la misère ronge la population ? Ces musiciens devraient jouer le rôle de défenseurs de l’opinion publique par leurs chansons pour dénoncer l’injustice sociale »

avance V12

Le débat reste ouvert

Sont-ils pour autant des « collabos » ? Le débat reste ouvert. Et pourtant, doit-on le rappeler, les relations musiciens – politiciens ne datent pas d’aujourd’hui. Depuis toujours, les artistes musiciens congolais chantent pour des politiques, sinon les « lancent des mabanga » (Traduisons avec Cédric Kalonji : Mabanga: littéralement «cailloux» en Lingala — un mot qui signifie en fait «louanges», car au Congo, «lancer des cailloux» c’est lancer des fleurs.). Un modèle économique de la musique congolaise.